Dans une salle des Iris archi-comble, la rencontre France-Japon a été à la fois très décevante... et très intéressante ! C'est toujours chouette de voir les délégations s'aligner pour les hymnes,
les athlètes signer des autographes et prendre des photos avec les enfants... Mais on peut être un peu déçu par les forces en présence. En effet, si notre Championne du Monde, Tiffany
Fanjat, était là et bien là, Satoshi Ibuchi ( champion du monde des - de 80 ) et Natsuki Fujiwara ( championne du monde des - de 53 ) n'étaient pas au rendez-vous. Petite
déception, donc, au niveau de la délégation nippone qui alignait essentiellement des universitaires, sans doute assez loin de leur équipe type.
L'opposition de style a été très surprenante. Les deux nations combattent de manière complètement stéréotypée, avec un monde et quelques dizaines d'années d'écart.
- Les Japonais combattaient à l'ancienne, c'est à dire en ligne, buste toujours très droit, à distance courte, avec peu de sautillements, allants toujours de l'avant et lâchant leurs
poings dès que les têtes françaises étaient à portée de tir...
- Les tricolores, beaucoup plus athlétiques, constamment en mouvement, désaxant sans arrêt et essayant de garder une longue distance de travail, sont passés maîtres en esquives de bustes et
accrochages. Ils ont également pour la plus part un bagage technique important... Enfin j'entends juste par important la capacité à scorer avec ses jambes !
La France s'est assez logiquement imposée au nombre de victoires. Le premier match de la soirée, de Tiffany Fanjat, a été tout aussi spectaculaire et expéditif que le dernier, avec Christophe
Taumotekava... Entre les deux, on se demande si les tricolores ont fait exprès de ne pas jouer leur meilleur jeu, pour que l'affiche tienne ses promesses, où s'ils n'ont vraiment pas
d'outils pour se sortir du si classique piège tendu par les Japonais...
Ce qui m'a déçu chez les Français, c'est donc cette incapacité à se servir de ses propres forces. Désaxer doit servir à ouvrir des angles d'attaques, à masquer les rentrées et sorties de
distance, à obliger l'adversaire à changer d'appuis etc... etc... Ici on a surtout vu que ça servait à esquiver et à fuir un adversaire qui avance !
Les trois/quart des techniques de jambes placées par les Français l'ont été en contre. En attaque, ils sont souvent trop courts car ils n'ont à aucun moment réussis à adapter leurs appuis à ces
adversaires qui n'ont pas de marche arrière ! Je prend l'exemple des enchaînements poings/pieds : ils rentrent en poing et font systématiquement un pas chassé pour lâcher la jambe... qui n'a
jamais la place de se développer ! L'enchaînement a été automatisé pour ces adversaires qui sortent pour ne pas prendre le poing mais n'a pas été adapté à ceux qui restent surplace...
On dit souvent que rester sur place est la plus mauvaise des solutions, mais si plus personne ne sait le faire, ne perd-t-on pas l'habitude de s'adapter à ceux qui travaillent ainsi ? Un autre
exemple pour illustrer ça... Nadège Aït-Ibrahim qui a perdu ses deux combats de la même manière... Elle lance un premier poing un peu court, qu'elle enchaîne avec un second long. Avec sa manière
de faire, si l'adversaire rentre en contre il prend le premier... S'il sort il prend le second... Mais s'il est "mauvais" et qu'il contre sur place c'est lui qui marque !
La moralité de cette rencontre, c'est qu'il n'y a pas de bons ou de mauvais système. J'imagine que les Japonais que l'on retrouvera aux championnats du monde seront meilleurs que cela mais
combattront de la même façon ! Ce qui compte, c'est de savoir marquer avec ses outils, quels qu'ils soient, et de savoir les utiliser différemment en fonction du style de l'adversaire.
Nos jeunes athlètes ont le mouvement, le physique, la technique, quelques tactiques types, il leur manque la stratégie... Mais tout le monde ne peut pas être Raphaël Aghayev !...
Derniers Commentaires